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Plus haut que la mer

Par Filière L, publié le mardi 18 juillet 2017 19:34 - Mis à jour le mardi 18 juillet 2017 19:35
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Les élèves de TL ont lu la sélection des romans du Prix du livre Folio 2016-2017. Ils se sont ensuite essayés à la critique littéraire. Plus haut que la mer a retenu l'attention de Jeanne : découvrez son point de vue !

Francesca Melandri Plus haut que la mer

[ les autres romans de la sélection : www.prixdeslyceensfolio.fr/les-gagnants-de-ledition-2016/  ]

« Un fils. C’est moche. »

C’est avec ces mots que Paolo fait la connaissance de Luisa. Son honnêteté le surprend. D’habitude, à l’annonce de l’incarcération de son fils, les regards fuient, les sourires deviennent gênés et les paroles, remplies de compassions. Pourtant Luisa semble comprendre Paolo. Elle connaît les allers-retours entre la prison et la maison, les visites interminables si courtes, les fouilles des gardiens, les perquisitions. Elle, ce n’est pas un fils qu’elle a vu emmener en prison, mais son époux. Pour lui, pas de révolution, l’alcool seulement l’a poussé à tuer deux hommes à mains nues. Luisa ne s’en était pas étonnée. Il y avait des années qu’elle passait sous silence les coups contre le coin du buffet, les pommettes éclatées et les bleus dissimulés sous ses vêtements. C’était une femme, et les femmes, en soixante-dix-neuf, ça ne se plaignait pas. La rencontre entre Paolo et Luisa aurait pu s’arrêter là. Ils auraient pris le car puis le ferry et seraient rentrés seuls, chacun de son côté. La mer en a décidé autrement. C’est elle qui borde la Spéciale où leurs proches sont emprisonnés et c’est elle qui les emprisonne à leur tour. Le mistral se lève, la mer se déchaîne et le bateau part. De toute façon, la camionnette qui devait les ramener au port a eu un accident. Ils sont condamnés à rester sur l’île le temps que le calme revienne. Entre eux et l’agent Pierfrancesco, une étrange promiscuité s’installe. Les cœurs s’ouvrent petit à petit et les histoires de l’étrange trio se révèlent, semblant ainsi cicatriser les blessures d’antan.

Ce livre est assez surprenant. Il est très simple tout en étant particulièrement compliqué. Le cadre est simple à poser : une presqu’île verdoyante. Mais le temps en tournant vient tout modifier. L’île d’il y a quelques heures laisse place à une autre île complètement différente. On y découvre à chaque page un nouvel aspect. L’histoire en elle-même n’est pas exceptionnelle. Un homme et une femme viennent rendre visite à un proche dans la prison où ils sont incarcérés pour meurtres. Le vent tourne et ils sont contraints de rester sur l’île. Cependant, cette histoire en cache d’autres : les souvenirs des personnages. Chacun d’entre eux a son histoire, de Luisa à la femme qui la fouille, de Paolo à l’homme que son fils a tué et de Pierfrancesco au directeur de la prison. Le roman traite de thèmes graves comme la violence conjugale, l’alcoolisme, la dépression, les conditions de détention, la justice et bien d’autres mais il est aussi parsemé de moments de joie. Il est sans aucun doute l’un des romans qui porte le mieux son nom. Il est constitué comme la mer. Il peut être calme pendant une dizaine de pages, puis tout d’un coup, l’histoire s’emballe, les souvenirs reviennent comme si l’histoire était devenue un ouragan, puis elle retombe et l’histoire redevient comme avant. Décrire un ouragan est une tâche ardue, résumer ce livre en quelques lignes l’est tout autant.

Jeanne, élève de TL en 2016-2017.

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