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Roméo et Juliette au Briscope, acte I

Par Référent Culture, publié le mercredi 26 avril 2017 18:53 - Mis à jour le mercredi 26 avril 2017 18:57

Deux élèves de classes différentes, 1s2 et 1s3, de Mme Fernandez, s'essaient  à la critique littéraire en apportant des regards croisés sur la même pièce. Découvrez dès à présent la première critique !

Critique d'une pièce de théâtre La très excellente et lamentable tragédie de Roméo et Juliette, D'après Shakespeare

Depuis sa création en 2014, La Bande à Mandrin regroupe une dizaine de comédiens qui se plaisent à revisiter les plus grands textes de la littérature afin d'en donner l'approche la plus parlante à un public de plus en plus jeune et qui se renouvelle sans cesse.

Le vendredi 27 janvier, nous étions au Briscope de Brignais pour les voir incarner devant des collégiens et lycéens le plus célèbre couple de la littérature anglaise : Roméo et Juliette. Retour sur cette représentation. Redonner à la tragédie de Shakespeare sa grandeur et sa portée morale tout en divertissant ! Tel était l’objectif de Juliette Rizoud (Metteur en scène et fondatrice de la troupe) et des neuf autres comédiens lorsque lumière s'est faite sur les planches. Le public a alors pu découvrir une atmosphère circassienne, bien loin de l'histoire tragique


annoncée. Cependant, presque immédiatement, une musique assez mystérieuse, assortie d'un slam étonnant, prononcé par deux comédiennes, a débuté, faisant retomber le spectateur dans le registre tragique de la pièce. Ce jeu de dialogue, d'alternance entre les passages comiques et ceux plus dramatiques se reproduira assez souvent dans la pièce, reproduisant en partie la construction en miroir du texte baroque initial. Le style de Shakespeare est donc plutôt habilement retranscrit dans la pièce. La quasi-totalité des dialogues étant originels, on retrouve d'une part l'alternance de répliques en prose avec d'autres en vers – celles pendant la scène du balcon par exemple –, et d'autre part la vulgarité des propos et des actes. Cependant, nous pouvons noter que la metteur en scène a beaucoup plus appuyé les aspects comiques du texte – ce choix peut-être justifié par le public visé, plutôt jeune – et cela a tendance à affaiblir l'aspect dramatique de certains passages comme la scène du suicide de Roméo qui s'écrie : « Ah ! Je meurs ! » avant de s’effondrer aux cotés de Juliette... Pareillement, la vulgarité des propos mais également du comportement des artistes du « Capulet's Circus » – cirque de la famille de Juliette – est intensifiée. Aussi, ce langage « cru »de Shakespeare va refaire surface en étant souvent amplifié et même parfois dans l'excès ce qui a, en quelque sorte, dénaturé des passages et la portée que Shakespeare voulait leur conférer. Concernant la durée de la représentation – plus de deux heures et demi –, il paraît important de notifier que de nombreux étudiants l'ont trouvée trop importante. La plupart d'entre eux, connaissant la fin de l'histoire ont ressenti qu'à compter d'une heure et demi de représentation il était de plus en plus difficile de montrer de l'intérêt pour la pièce. Toutefois, il me semble délicat d'écourter l'intrigue telle que Juliette Rizoud et sa troupe nous l'ont proposée ; le fait d'omettre des passages risque de placer dans ces ellipses des détails importants pour la compréhension de tous.

En outre, le jeu des comédiens est particulièrement bon. L'accent a notamment été placé sur le fait de capter l'attention du public lors des moments clefs de l'intrigue. Ainsi, frère Laurent, le prêtre mariant les deux amants, va procéder à la cérémonie en émettant des sons puissants et surtout difficilement descriptibles ! Pareillement, lors de la mort de Roméo et Juliette, l'allégorie de la Justice apparaît, tout de blanc vêtue alors que la scène est plongée dans la pénombre, pour proposer une imposante tirade très engagée en faveur de la paix. Ces cris ou cette soudaine apparition vont par exemple, tirer de sa somnolence le spectateur assoupi, ou bien interpeller celui qui n'écoute que d'une oreille. Bien que cette méthode soit quelque fois un peu étrange, nous devons reconnaître sa grande efficacité ! Toujours dans l'objectif d'attirer l'attention du spectateur, notons la présence de percussions rythmant la pièce avec une intensité variable en fonction de l'importance de l'action qui se déroule. Dernièrement, nous avons pu remarquer la grande intelligence du décor. En effet, l'une des difficultés lors de la mise en scène d'une telle pièce est de réussir à changer de lieu, donc de décor, rapidement et aussi de faire comprendre au spectateur très facilement où se déroule la scène. Juliette Rizoud est parvenue à remplir ces deux missions-là en optant pour des éléments de décor légers et « convertibles » pour évoquer différents lieux. C'est ainsi que le tour de piste du « Capulet's circus » se voit fractionné pour en faire des sortes de gradins lors du spectacle des artistes de cirque – représentation qui rappelle d'ailleurs le théâtre dans le théâtre, la mise en abyme chère aux auteurs baroques –. Ces arcs de cercle vont ensuite être relevés pour symboliser les tombes du cimetière de la scène finale. L'élément central, le castelet, va lui aussi être déplacé, retourné pour que le spectateur se situe soit face à ce castelet et puisse voir la représentation qui y est donnée ; ou bien qu'il ait accès aux loges des artistes comme pour suivre la scène du balcon par exemple. En définitive, retenons que malgré quelques points dommageables comme les amplifications excessives pour ce qui est du texte et du registre comique notamment, la mise en scène et la représentation de La Bande à Mandrin est une grande réussite. Ils ont su (re)donner goût au théâtre à leur public, un signe très encourageant pour ces brillants comédiens. Affaire à suivre !

Maxime

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