JEAN-MARIE LACLAVETINE, un trésor pour moi ?

Les ateliers curieux accueilleront le Jeudi 17 novembre Jean-Marie Laclavetine, romancier, traducteur et éditeur. Il interviendra sur le thème de la création à coeur à partir de son dernier roman, Et j'ai su que ce trésor était pour moi.

Ce titre, énigmatique à souhait, emporte déjà l’imagination avec lui, résonne comme une promesse à plusieurs fonds : de quel trésor est-il question ? D'un magot oublié et redécouvert ? D'une richesse enfouie, difficile à cerner ? Et qui ne serait pas nécessairement matérielle ? Du roman lui-même ? D’autre chose encore ?

Effectivement, le roman explore les relations intimes entre amour et littérature, entre amour et narration. Un écrivain, au chevet de son amante plongée dans un coma profond, 


reprend les histoires qu’ils se racontaient du temps de leur amour partagé. L’écrivain nourrit l’espoir de la ramener à la vie, à la conscience. Marc ou Marco parle à Julia à longueur de nuit, dans la clandestinité de rencontres favorisées par une infirmière complice. Il observe assidûment les lignes vertes des appareils de surveillance médicale qui l’informent des battements du cœur de celle qu’il appelle  « ma flammèche », « ma presque éteinte », « ma citadine », « ma fiancée secrète », « ma belle endormie », « ma déesse blanche, ma désincarnée », « ma Barbe-bleue » ou encore « ma renarde » au gré des histoires qu’il lui raconte, qu’il invente pour elle. Car ce qu’il raconte, c’est précisément l’entrelacs de leur histoire personnelle avec leurs histoires d’écrivains, fantasmées, rêvées, écrites, réécrites ou avortées.

Le roman propose ainsi une superposition entre vie et narration. Le pacte de leur amour stipulait que chaque rencontre devait être honorée  par l’offrande d’une histoire. Marco rompt le pacte et se fait exclure, rejeter, éloigner sans retour. Mais avoir suspendu les récits entre eux semble avoir provoqué la non vie, soit qu’ils n’aient plus pu écrire, soit que Julia fût finalement plongée dans le coma. Reprendre le fil des histoires pourrait alors la ramener chez les vivants : tel est le pari tenace de Marc. Il lui rappelle combien ils ont joué à mêler fictif et réel, vie et désir, une histoire et une autre histoire. Jean-Marie Laclavetine nous fait expérimenter par nous-mêmes ce tourbillon de la vie créative et de l’invention de l’amour. Ainsi de la renarde, qui apparaît dès la première histoire, resurgit un peu plus tard ailleurs et finalement s’incarne en Julia.

On peut alors s’interroger : la narration est-elle constitutive du sentiment amoureux ? L’invention des histoires est-elle aussi invention de leur histoire ? Vivre doit-il se raconter pour être ?

  

 

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par Référent Culture le 17 avr. 2017 à 19:51

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